L’intelligence artificielle en santé : l’attendre ou la craindre ?

L'intelligence artificielle au service de la santé, des soignants et des patients

Le développement de l’intelligence artificielle en santé peut-il constituer un nouvel allié pour les médecins ? Quel impact aura-t-elle sur le bien-être des patients ? En rhumatologie en particulier, permettra-t-elle de détecter plus tôt certaines pathologies, par sa capacité à traiter massivement des volumes considérables de données ? Et sera-t-elle réellement à même d’aider les soignants à définir des stratégies thérapeutiques de plus en plus efficaces ?

Intelligence artificielle ou « IA », algorithmes, « big data » : ces « gros mots » entrent progressivement dans le quotidien de la médecine. Les chercheurs en intelligence artificielle modélisent notamment de puissants outils d’aide au diagnostic, apportant de profonds bouleversements dans le monde de la santé.

Des diagnostics toujours plus personnalisés

Dans sa livraison d’octobre 2019, La Lettre du Rhumatologue étudie la place de plus en plus grande prise par l’intelligence artificielle en rhumatologie. Au même moment, l’IA était le thème de la Journée mondiale de sensibilisation sur les rhumatismes et les maladies musculosquelettiques, dans le cadre de l’initiative Ensemble contre les rhumatismes. Autant dire que le sujet est brûlant et que son impact sur les évolutions de la rhumatologie sont particulièrement attendus…

Outre une classification fine des maladies, qui ouvre la voie à des diagnostics toujours plus personnalisés, c’est dans l’assistance technique aux soignants que l’apport semble à ce jour le plus prometteur. La lecture et l’analyse de l’imagerie médicale s’améliorent en continu, rendant possible la découverte d’anomalies qu’un œil humain ne décèlerait pas forcément.

« Digérer » des milliards de données…

Ces prouesses sont rendues possibles par ce qu’on désigne sous l’expression barbare de « deep learning » – apprentissage profond, grâce à la « digestion » de milliards de données collectées auprès des patients eux-mêmes à l’occasion de toutes les pratiques de soins… Il s’agit d’un apprentissage continu, à travers lequel plus le « robot » (l’intelligence artificielle) apprend, plus il peut apprendre. Il simule les réseaux de neurones et fonctionne par « essais / erreurs », jusqu’à ce qu’il soit capable de prendre seul la « bonne décision ».

En rhumatologie comme dans d’autres spécialités, cet apprentissage en est encore à ses balbutiements. Et « prendre la bonne décision », pour l’IA sollicitée par les médecins, ne signifie en aucun cas « décider à la place de ». En tout cas pas encore, malgré les prouesses technologiques réalisées par certains systèmes experts d’aide au diagnostic.

Qui décidera : l’homme ou la machine ?

S’il permet d’ores et déjà d’aider le praticien à établir ces diagnostics complexes, en s’appuyant sur les orientations proposées par l’algorithme, il pose aussi dès maintenant des questions éthiques, médicales, organisationnelles, économiques : qui de l’homme ou de la machine sera le soignant de demain ? qui contrôlera qui ? à qui profitera la valorisation des données ? comment s’organisera l’utilisation des algorithmes à l’hôpital, qui en sera le pilote ?

A ces questions, aujourd’hui partiellement sans réponse, c’est au législateur de répondre. Mais aussi aux usagers – médecins et patients – qui devront, pour peu qu’ils prennent le temps de se former à ces nouvelles approches, poser les limites dans le cadre d’une démarche de soin toujours plus concertée et partenariale.