La pharmacovigilance découvre le numérique

Social Media par Gordon Johnson

La pharmacovigilance, qui permet de surveiller les effets des médicaments, s’appuie désormais largement sur les technologies numériques. Avec les plus grands bénéfices pour les patients.

La pharmacovigilance – « la surveillance des médicaments et la prévention du risque d’effet indésirable résultant de leur utilisation, que ce risque soit potentiel ou avéré (1) » – existe depuis que le développement de l’industrie pharmaceutique conduit les médecins à pouvoir prescrire toujours plus de nouveaux médicaments.

Elle a d’abord été de la responsabilité individuelle de chaque praticien : en interrogeant ses patients sur les effets secondaires d’un nouveau traitement, ce dernier pouvait les faire remonter aux organismes responsables de la sécurité des médicaments. Cette surveillance professionnelle a suffi pendant des années à permettre le retrait ou la modification de produits de santé dangereux…

Implication croissante des patients dans la pharmacovigilance

Mais avec la croissance exponentielle du rythme de production de nouvelles molécules, les professionnels de santé ont désormais du mal à assumer seuls à une tâche de plus en plus complexe, diffuse et multiforme à la fois.

Les autorités sanitaires ont donc décidé, en 2011, d’ouvrir cette surveillance au grand public. A travers un dispositif incluant des formulaires de déclaration et le relais des centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV), les patients, ainsi que leurs associations, peuvent déclarer directement tout effet indésirable d’un traitement, mais aussi un mésusage et ses conséquences. Dans un document de février 2018 intitulé Actualisation des « bonnes pratiques de pharmacovigilance », l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de santé (ANSM) rappelle qu’elle a souhaité faire de cette nouvelle « chaîne d’information » un rempart protégeant les patients contre les médicaments défaillants.

Applications, algorithmes, réseaux sociaux : le numérique est un précieux auxiliaire

Pour permettre à cette stratégie d’appui sur le grand public de gagner en efficacité, le numérique représente aujourd’hui un levier d’une efficacité considérable. Analyse des interactions sur les réseaux sociaux, utilisation d’algorithmes de plus en plus puissant, voire de l’intelligence artificielle : les moyens à la disposition des autorités de santé démultiplient les possibilités de débusquer un effet secondaire potentiellement problématique, de mettre le doigt sur le mauvais usage récurrent d’une molécule… mais aussi de limiter la dimension administrative chronophage de la pharmacovigilance !

De nombreuses expériences sont aujourd’hui conduites en la matière. Au CHU de Toulouse, une étude a ainsi démontré que les patients signalaient beaucoup plus facilement un effet secondaire lorsqu’ils pouvaient le faire à travers une application mobile. Et plusieurs startups proposent désormais des outils permettant de tirer des enseignements clairs des échanges des internautes sur les réseaux sociaux et les forums.

En conduisant les patients à nourrir régulièrement les bases d’information de la pharmacovigilance, une étude comme la Recherche SAFIR trouve sa place dans ce cadre très large de l’utilisation du numérique en santé, et contribue ainsi très largement à l’amélioration de la connaissance et de la sécurité des traitements en rhumatologie.

 

  1. Définition donnée par l’ANSM.